mardi 28 janvier 2014

༺ Premiers pas en Recovery ༻

“Every bite
every compliment
every gentle breath of acceptance
is an apology.
That is where you start.”



| Michelle K. | Where Does Recovery Start? | 

"Chaque bouchée, chaque compliment, chaque respiration dans la douceur de l'acceptation, est demander pardon.  
C'est par là que l'on commence."  
| Michelle K. |  Où commence Recovery?|


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Quand j'ai finalement décidé de Recover, ça signifiait devenir ouverte à beaucoup de choses, être prête à rééxaminer des comportements, des choix, des croyances. Ça impliquait accepter de travailler à me pardonner, à faire des excuses à mon corps et à mon esprit pour tout ce que je leur faisais subir depuis tant d'années. Ça signifiait aussi vraiment me donner la permission de m'occuper de moi avant beaucoup d'autres choses.  Ça voulait dire que je me donnais, pour la première fois, le droit de vivre, exactement comme j'étais, sans avoir rien à changer, sans avoir rien à mériter.

Toute ma vie jusqu'à maintenant, j'ai toujours pensé qu'il fallait me changer.  Devenir autre.  Devenir une autre personne afin de ne plus souffrir de mes problèmes spécifiques mais aussi pour être "une meilleure personne".  Je n'ai jamais développé des outils pour m'aider à:
a) voir véritablement mes problèmes tels qu'ils étaient;
b) faire face à mes problèmes dans le ici et maintenant;
c) vivre en acceptant mes limitations et en travaillant avec elles, non contre elles.

Toute ma vie jusqu'ici, j'ai essayé de vivre malgré mes troubles spécifiques, en faisant comme s'ils n'existaient pas vraiment, comme si à grands coups de persévérance et d'activité, de spiritualité même, ils finiraient par disparaître.  Le résultat est que lorsqu'on n'est jamais dans l'acceptation, on peut renforcer les comportements problématiques jusqu'au point de non retour ou on applique des Band Aids qui loin d'aider à résoudre le problème, ne font que le cacher encore plus à nos propres yeux.  Mes choix des dernières années n'ont pas été faits dans la sagesse de l'acceptation de qui j'étais vraiment, mais dans l'espoir que je pouvais me transformer.  J'ai vraiment cherché à devenir une personne que je pourrais aimer et accepter, enfin.


Quand j'ai décidé de vendre "ma" maison pour pouvoir ouvrir la boutique, je savais déjà que j'avais de la difficulté à m'alimenter et que cuisiner pour plus de gens que ma petite famille était difficile pour moi.
Je savais déjà que mon énergie n'était pas aussi abondante que l'énergie de beaucoup de gens, que je ne pouvais pas bien tolérer le stress financier, que mes restrictions alimentaires prenaient beaucoup de mon temps et de mon espace mental, que je recherchais trop l'approbation des autres, que mon perfectionnisme était malsain.
Je savais aussi qu'en tant que mère, j'avais besoin de me sentir présente à mes enfants et qu'en tant que personne, j'avais besoin de temps morts, de silence, de solitude, de repos.

Je savais déjà tout ça de moi-même mais comme j'avais toujours cru que je devais me changer, être autre, être mieux, être meilleure, être plus, je croyais que cette nouvelle vie allait me permettre de me transformer en la personne que je croyais vouloir et devoir être. 
(Il faut ajouter que, financièrement, la vie était difficile et nous avions l'espoir de pouvoir nous sortir de notre situation en ayant un espace physique afin de vraiment pouvoir lancer notre petite entreprise.)

Durant les deux années suivantes, j'ai vraiment découvert que je ne pouvais pas changer qui j'étais et qu'il était pressant que je m'occupe de moi.  
J'ai découvert que ni mon cerveau ni mon corps ne pouvaient composer avec plus de stress financier, avec plus de stress et d'obsessions alimentaires (avec plus de pressions de restrictions), plus de perfectionnisme, Ils ne pouvaient pas non plus composer avec moins de sommeil, moins de relaxation, moins de présence à mes êtres chers.
Tous les problèmes déjà existants ne pouvaient que s'amplifier parce que je ne voyais pas que j'avais une quantité limitée de cuillères.  Comme je ne savais pas qu'il était impossible d'obtenir plus de cuillères, j'ai accumulé une dette de cuillères, en empruntant toujours un peu plus à demain.

Au début de la deuxième année de la boutique, nous savions qu'il nous serait financièrement impossible d'entreprendre une troisième année et je savais que j'avais fait une grave erreur en m'imaginant être capable de composer avec toute la situation.  Le stress et l'incertitude financière étaient intenses mais ça ne diminuait pas la charge de travail. Quelques mois plus tard, après le vol qui a été le coup de grâce, je me sentais vraiment prise au piège et j'avais hâte d'être délivrée de la boutique tout en ayant une peur bleue de cette délivrance. Mon corps et mon cerveau ne pouvait plus composer, j'étais physiquement et mentalement en déficit de cuillères et je crois que la peur de ce que la faillite signifierait pour nous m'a véritablement paralysée.  Je faisais une faillite financière et une faillite de cuillères.

La fermeture de la boutique et la faillite ont entraîné beaucoup de remises en question qui ont alimenté mon burn-out.  Mais ces remises en question étaient aussi facilitées par ce que j'avais appris en m'occupant de notre commerce, en rencontrant des gens avec qui j'étais sur la même longueur d'ondes mais aussi en discutant avec beaucoup de gens avec qui ne n'étais pas sur la même longueur d'ondes.
Je crois qu'une personne en particulier a perçu un de mes problèmes et a fait quelque chose pour m'aider en m'orientant vers quelques avenues à explorer.  

C'est ainsi qu'au cours de la deuxième année, je commençais à percevoir que mon identité vegane était très problématique, que certaines de mes croyances étaient nuisibles/malsaines ou tout simplement fausses, et que loin d'avoir guéri mon trouble alimentaire, je l'avais simplement encouragé à prendre une autre forme.

Au milieu de la dépression, je voyais déjà les premiers pas qu'il me fallait faire si je voulais me sortir de l'abîme.  Mais je n'arrivais pas à m'en donner la permission.  Et, des mois plus tard, me donner la permission est, parfois, encore difficile.  

Les premiers pas en Recovery, c'est d'accepter la possibilité de se choisir.

Choisir Recovery, c'est réaliser qu'on mérite de vivre, de travailler à son bonheur, tout de suite, exactement comme on est.
Choisir Recovery, c'est accepter qu'il y a des choses qu'on n'a pas la possibilité de changer.
Choisir Recovery, c'est comprendre qu'il y a une différence entre Accepter et Abandonner.
Choisir Recovery, c'est être ouvert à comprendre nos pourquois et apprendre à utiliser de nouveaux outils.
Choisir Recovery, c'est se donner la permission de faire de son mieux, pas un iota de plus.
Choisir Recovery, c'est être prêt à faire face à nos mensonges, à nos croyances, à nos peurs, c'est être prêt à les regarder, à les reconnaître, à les soumettre à la lumière de la logique.
Choisir Recovery, c'est défaire nos identités protectrices, enlever nos masques, c'est travailler à nous accepter tout cru.
Choisir Recovery, ce n'est pas un choix qu'on fait, un jour, une fois. C'est un choix qu'on fait tous les jours, toutes les fois.
Choisir Recovery, c'est accepter qu'on mérite Recovery.



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Mars 2014, une amie m'écrit:

"[...] je comprend qu'il faut s'accepter comme on est. 
Par contre, penser que s'accepter comme on est n'inclut pas de "changements" sur soi est une illusion. Le fait de vouloir s'accepter demande des changements pour y parvenir. Donc je crois qu'il faut s'accepter mais qu'il faut aussi changer et accepter les changements nécessaires à notre guérison et notre cheminement. L'un ne va pas sans l'autre. L'évolution ne peut se faire sans changements."[...]

Ma réponse:

En te lisant, je ne peux que dire "of course!"
Je suis d'accord - cela dit, par rapport à ce que j'avais essayé d'exprimer, on parle de comparer des pommes et des oranges.

Pour moi, SE CHANGER, est totalement différent de CHANGER/APPORTER DES CHANGEMENTS.
Se Changer implique qu'on ne s'accepte pas à la base, qu'il n'y a pas d'accueil, d'acceptation ou de compréhension pour qui on est et qu'on veut utiliser la force (de sa volonté) pour être une autre personne.  Quand je parle d'avoir toujours travaillé et chercher à me changer, c'est de ça que je parle.  Il n'y a là, aucune sérénité. C'est le contraire de la sagesse, c'est la force de l'égo qui essaie de changer le soi comme un OGM.  D'une façon spirituelle, c'est refuser "Dieu", ou se refuser,  je dirais.

Apporter des changement implique qu'on change un comportement, une façon de penser, et le but d'apporter ces changements, dans la sagesse et la sérénité, est de vivre mieux avec ce qu'on est, à la baseD'être mieux avec soi, tel qu'on est.

J'ai toujours essayer de ME changer et parce que ma perception était archi-négative, je ne sais pas comment j'aurais pu vivre positivement et dans le bien-être n'importe quelle décision faite avec l'espoir de ME changer.  Je ne pouvais que souffrir.  Je me faisais la guerre.

Depuis le début de Recovery, où mon but n'est pas de ME changer, mais de m'accepter et de me donner des outils (nouveaux outils=changements!) pour le faire, j'ai changé!  Je change!  Mais ce n'est pas un combat, ce n'est pas une guerre contre moi-même.  Alors oui, comme tu dis, s'accepter est, en soi-même, un changement =)

"L'évolution ne peut se faire sans changements."  
Exactement!  Mais encore là, je ne parle pas se forcer à devenir autre avec force de volonté, d'égo, d'abnégation, de refoulement et de haine de soi.