mardi 4 février 2014

༺ Dysmorphophobie | Body Dysmorphic Disorder (BDD) ༻

La Dysmorphophobie

Trouble psychologique caractérisé par une préoccupation ou une obsession concernant ce qui est perçu être un défaut dans l'apparence.   N'importe quelle partie du corps peut être l'objet de la préoccupation mais les plus fréquentes sont la peau, les cheveux, le nez, le ventre, le poids, la poitrine, les yeux, les fesses et les dents (taches de rousseur, rides, acné, cicatrices, etc). À noter que bien que l'on parle ici d'un défaut léger ou même imaginaire, la personne atteinte est bien souvent convaincue de la réalité et de la sévérité de son défaut. Cette vision n'est cependant pas partagée par les gens autour d'elle.

Pour K. Phillips, qui s'est spécialisée dans l'étude et le traitement de cette maladie, c'est une maladie à part entière, fréquente, de l'ordre de 1 % de la population, méconnue, et très douloureuse dans les cas sévères. Elle a présenté ses études et ses traitements dans un ouvrage «Broken mirror», en langue anglaise. Le psychiatre français, Pr J.Tignol, valide et divulgue ses travaux dans un ouvrage intitulé «Les défauts physiques imaginaires» et dans une publication en 2012, avec ses collègues.

Le principal facteur de risque est l'abus émotionnel ou sexuel de l'enfance ou le harcèlement scolaire (bullying). Ces idées fixes peuvent engendrer une dépression sévère ou des tentatives de suicide. Les individus souffrant de ces obsessions ont la certitude inébranlable d'avoir le visage ou une partie de leur corps, monstrueux. Elles ont une image dégradée et déformée d'eux-mêmes et des craintes déraisonnables de rejet à cause de l'interprétation qu'ils font de leur apparence et du regard des autres.

Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV), les patients (hommes et femmes) développent des pratiques rituelles compulsives pour couvrir leur(s) défaut(s).
Les malades peuvent rester un temps considérable en face d'un miroir pour tenter de se rassurer mais l'effet est souvent inverse. L'agressivité face à sa propre image est fréquente. La Dysmorphophobie est classée parmi le trouble obsessionel-compulsif et troubles connexes dans le DSM-5.



K. Phillips décrit abondamment les divers comportements observables : les obsessions de laideurs visuelles qui peuvent durer des heures, le rituel du miroir, le camouflage, la pratique des chirurgies esthétiques, le secret, la honte, l'isolement. Le malade voit sa qualité de vie altérée, et dans les cas graves, il peut résulter une impossibilité d'assurer ses besoins vitaux quotidiens, se nourrir, faire les courses, le ménage…

Parfois, un échec, une rupture ou une trahison amicale conduisent un individu jeune à se focaliser sur un défaut et à se persuader qu'il est la cause de toute sa souffrance. Le détail physique devient l'argument pour refuser les relations avec les autres, surtout quand il s’agit de séduire. Parfois, la dysmorphophobie s'enracine dans la peur de la sexualité. Leur laideur imaginaire leur permettra de se protéger de la confrontation aux choix sexuels et de ne pas quitter l’enfance si rassurante. Cette détresse est parfois mal comprise par les parents. Pourtant, il ne faut surtout pas minimiser la douleur et le mal-être profond, les comorbidités possibles étant la dépression, la phobie sociale, les comportements obsessionnels compulsifs. Des ressemblances existent avec l'anorexie et autres troubles de l'alimentation, aussi en lien avec le TOC et le perfectionnisme.

Le traitement peut être difficile et double. Médicamenteux, avec l'administration de médicaments tels que les antidépresseurs sérotoninergiques (ISRS - Inhibiteur sélectif de la recapture de la sérotonine) mais le soulagement en temporaire. D'autre part, les thérapies cognitivo-comportementales sont très utiles.

Si par chance, un individu est diagnostiqué dans l'enfance, les parents doivent montrer qu’ils comprennent son mal-être mais en même temps doivent lui expliquer que celui-ci n'est pas fondé. L'enfant ou l'adolescent a besoin d’être rassuré, entouré pour reprendre confiance, s’habituer à son corps et l’accepter avec plaisir et espoir. Lorsque la dysmorphophobie s'inscrit dans la durée, il s'accompagne d'un isolement social progressif et destructeur de la qualité de vie, l'adulte pouvant alors vivre obsédé et démotivé. Traitée dans la vie adulte, l'implication des membres de la famille ou des amis proches peut accélérer les progrès thérapeutiques.

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Sources:
- The Broken Mirror:  Understanding and Treating Body Dysmorphic Disorder by Katharine A. Philips (x)
- Qu'est-ce que la Dysmorphophobie?, Psychomédia (x)
- La peur de dysmorphie corporelle, Centre d'études sur les TOCS et les TICS  (x)
- PDC: Quand la peur devient une obsession, Annie Taillon, Ph.D.   (x)
- APA DSM-5 (x)
- Dysmorphophobie, Wikipedia (x)