lundi 24 février 2014

༺ L'opinion des autres = pas de nos affaires ༻


Une révélation importante qui aide à se détacher de l'opinion et de l'approbation des autres, et à lâcher prise des messages négatifs que nous avons reçus et acceptés comme vrais au cours de notre vie, est réaliser que chaque fois que nous avons été jugés, nous n'étions pas l'objet de la critique.
Cela dit, je ne sais pas s'il est vraiment possible de réaliser ceci sans avoir fait un travail sur nos propres jugements et sur nos propres croyances.  Mais lorsque nous faisons ce travail, nous réalisons que tous les jugements que nous portons sur les autres sont vraiment des jugements que nous portons sur nous-mêmes, ou que nous porterions sur nous-mêmes si nous étions dans la même position, ou le même "état" que l'autre personne.   C'est une réalisation vraiment puisssante car elle implique que les opinions que les autres ont de nous ne sont pas du tout à propos de nous.


On pourrait peut-être même aller jusqu'à dire que ce que les autres pensent de nous n'est pas de nos affaires.
(Mais est-ce une loi immuable?  Bien sûr que non parce que les jugements et préjugés peuvent très bien servir, et servent d'ailleurs souvent, à discriminer contre l'autre ou même contre des groupes entiers de personnes. Si le préjugé de l'autre lèse nos droits, difficile de dire que ça n'est pas de nos affaires. )

Un exemple, si Manon* attribue mon "surplus de poids" à de la paresse, il est très probable que Manon valorise beaucoup son activité, qu'elle a accepté la croyance que son activité est en cause dans sa minceur et qu'elle se jugerait inacceptable si elle était moins active.  La valeur personnelle de Manon est tricotée avec son activité physique et tricotée avec son poids.  Selon Manon, si elle était grosse et inactive, elle serait "non méritante".
Manon est complètement accaparée par Manon:  ce qui est vrai pour Manon est vrai pour tout le monde, selon Manon. Manon ne ferait pas x, y ou z, alors personne ne doit faire x, y ou z.
Tout est à propos de Manon.
Manon a besoin de ses règles pour pouvoir être Manon sinon, qui est Manon?

Alors le jugement de Manon, quand elle me regarde, est à propos de Manon parce que tout est à propos de Manon.
Un jugement, une opinion, un préjugé, c'est un manque d'empathie et un refus de considérer que notre expérience n'est pas une expérience universelle.  Une croyance, c'est un refus de l'incertitude, un refus de l'incompréhension.*

Alors devant le jugement de Manon, je peux garder à l'esprit que Manon est bien à l'étroit dans ses propres jugements.  Si elle ne transforme pas son jugement en discrimination en lésant mes droits, je peux seulement lui dire que je comprends sincèrement sa très grande peur d'engraisser, par exemple, et peut-être l'inviter à se renseigner davantage sur le sujet ou simplement la laisser partir.  Elle a son propre cheminement et doit vivre, comme tout le monde, avec les conséquences de tous ses choix et de toutes ses pensées.
L'opinion de Manon, de ma tante Tartine et de Pierre-Jean Jacques, ce n'est pas de mes affaires.  Ils en portent le poids dans leur propre vie.

Dès lors, mes jugements, mes opinions, sont aussi des poids que je transporte.  Prendre le temps de regarder mes jugements, mes opinions et mes croyances, quand j'en rencontre une ou douze, c'est regarder ma peur envers la vie, mon manque d'acceptation envers moi.
Travailler à les laisser partir, c'est me libérer.


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* Manon = nom fiction, choisit parce que je ne côtoie personne qui s'appelle Manon.

* Croyance = Peur de l'incertitude.  "J'affirme que c'est comme ça que ça fonctionne et que ça ne peut pas fonctionner autrement parce que j'ai besoin que ça soit simple et classé dans mon esprit."