jeudi 26 juin 2014

༺ Lettre de Deborah à sa mère ༻

Chère Maman,
Je t'écris cette lettre en sachant que tu ne la liras jamais.  Je veux parler de quelque chose dont nous ne parlons jamais - être grosse. 
Malgré le fait que tu m'assures constamment du contraire, je suis grosse.  Tu es grosse.
Ces temps-ci, je pense beaucoup aux choses que tu as faites - contre moi - pendant mon enfance.  Comme m'envoyer aux Weight Watchers quand j'avais 10 ans.  Ou m'avoir fait faire ma première diète quand j'avais 8 ans.  Mais je pense aussi aux choses que tu as faites POUR moi. Comme par exemple lorsque je revenais en pleurant de l'école parce que j'avais été bullied à cause de mon poids et que tu me prenais dans tes bras en m'offrant ta compréhension.  Et que tu m'assurais que même si je n'avais pas d'amis, tu serais ma meilleure amie.  
Et j'ai pensé à cette journée, quand j'étais en troisième année, et que j'étais encore une fois revenue de l'école en pleurant parce que le lendemain, il y aurait un projet scolaire qui promettait que tout le monde devrait se faire peser - et que notre poids serait affiché sur des affiches collées aux murs de la classe. Alors tu avais téléphoné à l'école pour parler à mon professeur, qui était aussi une femme grosse, et lui avait demandé si je pouvais être exemptée du projet.  Je me souviens que ce professeur était venue à la maison ce soir-là et m'avait présenté ses excuses.  
Et je me souviens avoir regardé des photos de toi lorsque tu étais jeune, et m'être sentie fière parce que nous nous ressemblions.  Et je me souviens combien tu avais pitié de moi parce que, oui, j'avais le même corps que toi. 
Mais j'ai plus que le même corps.
J'ai la même compassion, la même empathie, ta détermination, ton sourire, ton esprit.
Mais tu ne vois pas ces choses.
Tout ce que tu vois c'est mon gras.
Et tout ce que tu ressens, c'est une incroyable culpabilité parce que je ne "fite" pas. Et tu penses que c'était à toi de me faire "fiter".  Et tu as échoué.
C'est tout ce que tu vois quand tu me regardes.
Je suis désolée que je reflète ces choses.  Et je suis désolée que je n'ai pas réussi - certains jours, je le regrette à mort.
Certains jours, je veux le corps que tu as toujours voulu pour moi.
Mais je réalise aussi que, bon ou pas, CECI est mon corps.
Je suis une féministe.  Je suis une lesbienne.  Je suis une freak.  Je suis anxieuse.  Je suis dépressive.  Je suis naïve.  Je suis prévisible.  Je suis peureuse.  Je suis excitée.  Je suis toutes ces choses.
Et je suis ta fille.
-         Deborah | Dys/morphia, Zine