mardi 23 août 2016

༺ Amitié ༻

Depuis 2013, j’ai souvent et beaucoup  pensé à quels étaient mes besoins et mes possibilités en terme de relations d’amitié.

Tellement de choses ont changées pour moi, dont un besoin d’être encore plus authentique et de vivre plus ouvertement qui je suis, et ma santé depuis 2012 m’amène aussi à devoir faire des choix parce que je n’ai tout simplement plus la capacité ni l’énergie physique de dépasser mes limites.  Je n’ai plus la force de faire semblant d’être capable de performer autant qu’avant.  En fait, j’ai plutôt de la difficulté à performer tout court.  J’ai souvent l’impression que j’ai utilisédes cuillères à crédit durant tellement d’années que je courrais véritablement vers la faillite.  Le diagnostic de fibromyalgie est venu expliquer bien des choses dans une année 2015 difficile au niveau santé physique et mentale, mais j’en souffre depuis longtemps.  J’ai trop longtemps pensé que si seulement je mettais un peu plus d’effort, si seulement j’avais une meilleure attitude, si seulement mon régime était plus obtimal, j’en arriverais à me sentir normale! 

J’ai déjà parlé de la théorie des cuillères (que j’aime encore beaucoup) mais il est encore plus facile d’utiliser l’analogie de la pile rechargeable, ou la pile du téléphone cellulaire,  pour décrire ce que c’est que de fonctionner avec une énergie réduite.  Certains l’utilsent pour dire que parfois, on naît avec une pile défectueuse, une pile qui ne se recharge jamais à 100%, et que pour d’autres, la pile était à l’origine tout à fait normale mais une vie difficile, traumatismes divers, stress chronique et autre, ont endommagé la pile qui ne peut plus jamais être à pleine capacité. Qu’une bonne nuit de sommeil, du repos, de l’exercise, ne la recharge jamais à 100%, parce que la recharger à 100% est chose impossible.   

Est-ce que ma pile a toujours été défectueuse?  Je pense que oui, mais elle avait une possibilité de charge plus grande et se rechargeait plus vite, se déchargeait moins vite, qu’elle peut le faire maintenant.  Je n’ai jamais su ce que ça voulait dire de commencer ma journée, dès le réveil, pleine d’énergie et revitalisée après une nuit de sommeil.  Je ne connais pas ça.  Et j’ai été élevée avec la croyance (en l'acceptant à 100 mille à l’heure malgré la pression trop grande, sans remettre cet enseignement en question) qu’il faut travailler dur, donner son 200%, en cherchant la perfection surtout!  J’ai vu mes parents dépasser leurs limites, toujours, et c’était valorisé.  J’ai dépassé les miennes durant de nombreuses années.

Tout ça pour moi, c’est terminé.  Même si je voulais retourner à cette façon de vivre, j’en serais incapable.  Certains jours, sans exagération, surtout durant un flare-up, je dois conserver mon énergie durant la journée pour être capable de prendre ma douche. 

Mon plus grand bonheur demeure dans mon quotidien avec mes extraordinaires fils et mon merveilleux mari.  Mes joies, plaisirs: découvrir une bonne série télé, me laisser transporter musicalement par Muse, un petit jeu mobile pour me divertir ou comme stratégie anti-anxiété.   Et un peu de ménage (si peu) et de temps internet quotidiennement pour lire ceux et celles qui ont développé le genre de life hacks dont j’ai besoin, ce qui n’est pas toujours un bonheur ou une joie ou un plaisir, mais plutôt des nécessités quotidiennes.  Tout ça prend l’énergie que j’ai.  J’ai parfois un petit surplus pour essayer de “créer” quelque chose; une carte, un peu de crochet (quand mes bras, épaules et yeux le permettent), un peu de dessin.  Une marche en forêt (quand la température est mon amie, donc, surtout au printemps et à l’automne).  J’écris aujourd’hui pour la deuxième journée de suite, quand la dernière fois remonte à ... plus d'un an?

Certains diront (y'a toujours un "oui mais" à quelque part) que lorsqu'on veut vraiment, on trouve toujours le temps pour ses amis.  Moi et d'autres comme moi répondrons:  moi j'ai le temps mais je dois aussi avoir les cuillères pour faire quelque chose ET les cuillères pour les conséquences d'avoir fait ce quelque chose..... Je vois bien que j'essaie d'expliquer pourquoi je suis incapable de me donner "adéquatement" à une relation d’amitié même si au fond de moi je sais que c'est impossible à comprendre si on ne le vit pas et que je perds mon temps à l'écrire.  Car pour ceux qui ne vivent pas avec cette condition, tout ce que j'écris ici sera une exaggération ou du simple et pur charabia.   Mais j'ai, à la base, ce besoin d'être comprise par ceux que j'aime et je doute que mes amies peuvent le faire véritablement. 
D'où l'étirement de mon silence...

Cela ne veut pas dire que je ne pense jamais à mes amies, au contraire.  Je les porte avec moi, dans mon coeur, toujours.  Mais je n’arrive pas à prendre mes courriels ou à envoyer un petit mot.  Il y a trop à raconter et en même temps rien. Et je n'ai pas beaucoup d'énergie pour les feels que j'aurais assurément.

Le plus facile serait de dire: “Allo, je t’aime, je pense à toi.  Je n’ai pas l’énergie pour plus.  C’est compliqué.  Je reste silencieuse car je ne suis plus celle que tu as aimée, et je ne peux pas/plus être l’amie dont tu as besoin/envie.  Est-ce que ça vaut vraiment la peine pour toi de me considérer ton amie, si tout ce que je me sens capable de faire c’est de t’envoyer un petit courriel, une fois par 6/12/18 mois, (comme maintenant), pour te dire que je suis encore vivante et que je pense à toi?  Si oui, dis-le moi.  Si non, sois heureuse.  Je t’aime.”

Ou bien: “Voici un nouveau contrat d’amitié, chère amie, où je décris ce que je peux t’offrir et ce dont j’ai besoin en retour, et si ça nous convient, signons là et là et “on est en business.””

Je ne cherche pas, du tout, à former de nouvelles amitiés.  Je n’en ressens pas le besoin et je n’ai pas, du tout, l’énergie pour ça.  Mais  je n’aime pas non plus imaginer que le peu d’amies que j’ai pensent que je n’ai plus d’affection pour elles. 

Parce que ça ne sera jamais le cas.