༺ Mes cafés avec Johnny: Intro

Mes cafés avec Johnny

Introduction : Le Vrai Croyant / The True Believer / l’Identité Vegane


Quand je suis arrivée au café, Johnny était déjà là à m’attendre, plongé dans les nouvelles du jour, un regard triste sur son visage. 
Ce n'était que la deuxième fois que je le voyais en personne, n’ayant communiqué avec lui que par courriel depuis le jour où je l'avais rencontré chez Andy.  Inutile de dire que je me sentais très timide et anxieuse, et donc, nauséeuse.  Mais, levant les yeux de son journal au son de la clochette, il s’est levé rapidement, un large sourire apparaissant sur ​​son visage, pour venir m’accueillir à la porte.  Il m'a serré dans ses bras comme un ours serre dans ses bras tout autre ours qu’il rencontre à la ruche du coin.
Il m'a demandé si je voulais un café et un beigne; c’était lui qui payait, j’étais bien prévenue à l'avance. Mais je n'étais pas encore prête à ce genre de chose. J'ai demandé un thé noir parce que je peux boire mon thé noir, noir. Je ne voulais pas avoir à composer avec «l’anxiété du un sucre-une crème».
Il a souri et m’a lancé un clin d'œil qui, d’après ce que je pouvais en comprendre, signifiait qu’il saisissait mon appréhension.  Il m’a ensuite accompagnée jusqu’à sa table où il m’a dit de me tirer une bûche avant de s’élancer vers le comptoir pour passer sa commande.
À son retour, il m’a présenté mon thé et, son café déposé en face de lui, il s’est lancé tout de suite dans le vif du sujet.

«Bon, allons droit au but. Es-tu familière avec le livre The True Believer *par Eric Hoffer? Le titre complet, lorsque traduit, est Le vrai croyant: Réflexions sur la nature des mouvements de masse et on y examine les causes psychologiques du fanatisme. Il m'a été suggéré par un ami veganish* qui pouvait voir que j’étais malade mais que j’hésitais à m’occuper de ma santé parce que mes idéaux passaient en premier ".
Veganish.  Bizarre.   Il a enchaîné : 
"Ce que j'ai réalisé un peu tard dans ma vie, c'est que lorsqu’on est en équilibre, on a : 
a) Une plus grande capacité à adopter certaines idées philosophiques seulement dans la mesure où il est possible pour nous de le faire, et, 
b) La capacité de ne pas se conformer à d'autres idées appartenant à la même philosophie si, pour une raison quelconque, elles ne nous conviennent pas. 
Inversement, s’il y a quelque chose en nous qui était déjà problématique, on peut avoir davantage tendance à utiliser une philosophie comme notre raison d'être, comme notre mission de vie, à embrasser les dogmes sans recourir à notre rationalité, et transformer cette philosophie en identité personnelle. Au sein de notre communauté, il y a, avouons-le, beaucoup de gens qui ont développé une identité vegane et j'étais une de ces personnes. Et d’après ce qu’on a pu conclure jusqu’à maintenant toi et moi, tu as fait la même chose."
C’est ce que mes conversations avec Johnny m’avaient révélé à moi-même.  Je lui fis signe de continuer.
      "Parfait jusqu’ici,» il a répondu, «mais pourquoi quelqu’un encourage-t-il la formation de cette identité et comment?  
Eh bien vois-tu, on peut faire des parallèles entre quelqu’un qui développe une identité de vrai croyant et quelqu’un qui développe une identité vegane. Les deux signalent un besoin de croire en quelque chose complètement et sans remise en cause. Puis, plus on travaille à former cette identité, et à la renforcer, moins on est capable de se servir de notre pensée critique, moins on vit dans la réalité des choses. Et plus on voit les choses en noir ou blanc.  Nos idéaux en viennent à asservir notre vie et on a besoin de notre identité de croyant afin de se sentir spécial ou important ou digne ou «bon». Nos croyances alimentent notre ego et notre ego alimente nos croyances donc on se retrouve au beau milieu d'un piège. Mais la plupart du temps, on ne voit là rien d’anormal parce qu’on n’est même pas conscient que c'est un piège. Tout ce qu’on sait, c'est que notre nouvelle certitude nous fait nous sentir bien, alors on l’apprécie, on y accorde beaucoup de valeur et, par conséquent, on a tendance à vouloir que tout le monde autour de nous embarque aussi complètement qu’on l’a fait.  S’ils ne le font pas, on rend notre verdict : Ils ne sont pas «aussi évolués», pas «aussi respectables » que nous.  Mon identité vegane, par exemple, n’avait pas beaucoup de respect et d’admiration pour mon ami veganish.  Au cours des années, tu as sûrement réalisé que beaucoup de gens pensent que le végétalisme est du fanatisme, ou de l’extrémisme, et il est probable, si tu me ressembles, que ça t’a fait complètement chier. »

 Johnny n’avait pas encore sacré et c’était une petite règle entre nous de ne pas s’en retenir. Mais soudainement, j’ai ressenti beaucoup de honte. Et non, la honte n’était pas due à notre amour du blasphème. 

"Avec le recul, je peux voir qu’il y avait là pour moi matière à réflexion et il est possible qu’en prenant le temps de regarder ta propre identité vegane, tu verras aussi que ça ne nous faisait pas chier sans raison.  Un des plus grands problèmes pour quiconque adopte une identité de vrai croyant est le doute. J'ai passé beaucoup de temps à bombarder les doutes en moi et les informations que je rencontrais qui attaquaient mes croyances.  J'ai passé beaucoup de temps à rationaliser et démolir tout ce qui ne correspondait pas à ce que j’avais choisi de croire.  J'ai ignoré les erreurs, les incohérences et les exagérations dans l’information vegane qui circulait dans le milieu, éloignant de moi ceux qui n’étaient pas aussi  «pures» que moi, ou pire, ceux qui ne voulaient tout simplement pas reconnaître que je possédais LA vérité. Ils étaient l’ennemi. «Les viandards», «les carnistes». J'ai passé beaucoup de temps sur les forums à challenger des non- vegans, ou à essayer de convaincre les welfaristes de la faiblesse de leur position, et, en bout de compte, à essayer de faire taire tous ceux qui soulevaient des questions au sujet de mes croyances ardemment entretenues. J'étais tellement convaincu du bien fondé de mon type de veganisme que je voulais que tout le monde s’enligne avec mes convictions, pour leur propre bien, évidemment.
J'étais un zélote. Je croyais fermement que l'utilisation de n'importe quelle partie d'un animal était immoral, que les mangeurs de viande allaient tous mourir par la faute de leur fourchette (et qu’ils l'auraient bien cherché), qu’ils étaient tous des égoïstes préoccupés par leurs petits plaisirs, et, qu’au contraire, les vegans étaient tous de bonnes personnes,  des modèles à suivre et que nous seuls savions comment être humains sur cette planète. J'étais vertueux. Si j’apprenais que quelqu'un n’allait pas bien depuis qu’il était devenu vegan, je pensais automatiquement qu’il était vegan «de la mauvaise façon » ou qu’il n’était pas  "vraiment vegan".   Dans mon livre, les ex-vegans étaient des ordures qui n'avaient jamais vraiment été vegans de toute façon, parce que si on est vraiment vegan, on meurt vegan. Ma bible vegane me disait tout ça et je ne prenais pas mes informations ailleurs.   Maintenant je vois ma terrible arrogance.»

"De la honte, aussi, sûrement?"  J’osais le dire tout haut, même si timidement, parce qu’en écoutant Johnny, je me sentais honteuse de mon propre comportement.

«Je t’avoue que la honte est moins présente… parce que lorsqu’elle était à son plus fort, je ne voyais pas mon arrogance.  Je me traitais tout simplement de criss d’imbécile. » 

Johnny regardait son café. 

«Tu sais, il faut travailler à se pardonner.  Comprendre pourquoi on a fait certains choix peut aider mais c’est un travail difficile, et parfois long. »  Il m’a regardée et a tout de suite enchaîné.

             « Mais voilà, je peux voir seulement à ton expression que tu sais ce dont je parle. Donc, comme tu peux voir Tara, quand une personne a ce genre de croyances, elle aurait beaucoup de difficulté à reconnaître son mal-être si elle se mettait à ne pas se sentir bien, ou à ne pas se sentir en pleine forme.  Elle pourrait perdre la moitié de ses cheveux », Johnny toucha sa tête comme malgré lui, « et elle nierait qu’il y a un problème. Parce que sa bible lui dit qu’il est impossible de ne pas bien aller avec son régime végétalien varié et équilibré.   Parce que sa bible lui dit que tout le monde au monde peut être vegan.  Et elle lui dit également qu'il est impossible de quitter le veganisme. Si elle a transformé une philosophie en identité personnelle, elle a pris un engagement à vie.  Prendre un engagement à vie envers un régime alimentaire est déjà un signe que quelque chose n’a pas été compris ou réalisé.  

Mais abandonner son veganisme, ou avoir des doutes à propos du véganisme, est une chose impossible pour un vrai croyant parce que ça voudrait dire qu’on est :

1.  Un tas de merde

2. Un traître
3. Quelqu'un qui, selon nos propres critères, n'a jamais vraiment été vegan, quelqu'un qui a été un imposteur durant toutes ces années, et
4. Un criss d’égoïste qui, apparemment, valorise aussi sa propre vie.
Un vrai croyant dit que même malade, il n’abandonnerait pas son veganisme parce que sa raison d’être vegan n’est pas sa santé - comme si c’était honteux de s’occuper de lui - mais bien les animaux.  Et la plupart du temps, il le répète jusqu’à ce qu’il soit impossible pour lui de nier que quelque chose à l’intérieur de lui crie au secours. 
Mais un jour, s’il a de la chance, un ami vegan ou quelqu'un qu’il aime beaucoup et qui l’aime en retour, lui dit sans détour que sa façon de «vivre sa philosophie" n'est pas normale. Et une fois la frustration passée, il peut-être plus apte à considérer les mots de son ami avec ouverture.  Moi, ce jour là, j’ai commencé à me questionner.   La peur qui monte en nous est réelle quand on sent sa santé en danger mais elle peut aussi nous aider à réaliser qu’il y a sûrement quelque chose qui cloche au niveau mental.  On réalise qu’il y a un dérèglement.  Si on est chanceux.  Malgré tout ça, malgré qu’on commence à accueillir le doute, on réalise qu’on n’est tout de même pas un imposteur, parce qu’on voit qu’il est possible de se soucier des animaux et d’être aussi à l’écoute de nos propres besoins.  La grande révélation devient : « Ce n’est pas tout noir ou tout blanc.   J’ai seulement choisi de tout voir en noir ou blanc. »
On voit de mieux en mieux qu’il n’est pas normal de continuer à nuire à notre santé physique et/ou mentale parce qu’on n’arrive pas à se donner la permission de s’occuper de nous. Que ce n'est pas normal de penser qu’avoir des doutes équivaut à être un tas de merde, ou de penser qu’il est égoïste de prendre soin de nous. On réalise que tout cela est, en fait, de la santé mentale.
Ensuite on peut se poser une question importante: Est-ce que je m’attendrais à la même chose d'un être cher, comme mon meilleur ami, ou ma merveilleuse mère, si eux n’allaient pas bien? Est-ce que je dirais à un enfant que j’aime plus que tout au monde d’endurer et de rester un parfait petit vegan?
Est-ce que je risquerais consciemment la santé d’une autre personne, la vie d’une autre personne?
Et en fait, est-ce que ça ne serait pas complètement dégueulasse de le faire?
« Alors pourquoi, câlisse, est-ce que je m’attends à ça de moi-même? Où est-elle, la foutue compassion dont je fais la promotion si passionnément?
La compassion, est-ce pour tout et tout le monde, sauf moi?? "

Je me suis mise à pleurer silencieusement à ces mots, face à la douleur cachée derrière l’indignation de mon ami, douleur que je pouvais absolument comprendre. J’étais tellement saisie par tout ce que Johnny venait de dire que je ne me préoccupais pas d’avoir l’air folle à pleurer dans cet endroit public.  Si des gens nous regardaient, plein de surprise ou de jugement, je ne l’ai jamais su.  En cet instant , je me foutais de mon look, chose très rare mais terriblement bienvenue.   Johnny m’a offert un mouchoir et a posé sa main sur la mienne jusqu'à ce que je sois calmée.
«Est-ce que ça va? Veux-tu que je continue? »
J’ai fait oui de ma tête pour l’encourager à continuer, aucun mot ne pouvant sortir de ma gorge.  Il a repris sa main et m’a fait un sourire plein de bonté. Il comprenait. Et c'était tellement agréable de se sentir comprise que les pleurs sont presque revenus de plus belle. Mais je voulais le voir continuer et c’est ce qu’il a fait.
"Donc, comme tu peux sans doute l’imaginer, je l'ai vu alors clairement: j'étais malade, ou si tu préfères, j’avais de sérieux problèmes. Et tu peux aussi voir que tu as un problème de ton côté.  Notre identité de vrai croyant, notre identité vegane, est un signe de quelque chose de fragile à l’intérieur, quelque chose auquel on ne veut pas faire face.  J’espère que tu vois aussi que tu as la permission, que tout le monde a la permission de prendre une pause et de s’occuper de sa santé.  Sans condition et sans avoir à obtenir l’approbation de quiconque.  On peut appeler cette pause « sabbatique », ou « congé », ou « réévaluation ».  L’important est de savoir que nous pouvons, et parfois, devons, mettre une philosophie en attente pour s’occuper de nous.   Tu n’es pas seule au monde, Tara.  Ta famille a besoin de toi; ton mari, ta sœur, ta mère, Andy, tes filleuls, autant que tu as besoin d’eux. Si l’un d’entre eux étaient dans le même état que toi, tu voudrais qu’il ou elle fasse tout ce qu’il y a à faire pour s’en sortir. 
Par contre, c’est vite dit tout ça.  On ne peut pas simplement mettre nos croyances de côté!  Alors si tu es comme moi, tu verras que c’est mauditement difficile à faire. Et c’est difficile parce que le veganisme est ton identité.
Personnellement, cette identité m’a aidée à pouvoir me regarder dans le miroir.  J’avais besoin de me sentir « bon et moral et dans le droit chemin » parce qu’au fond, l’estime de moi, je ne n’aurais pas pu en revendre à personne. J’avais besoin de lois rigides et implacables parce que ça me permettait de naviguer mon bateau dans ce monde pourri. Mon identité vegane, je l’ai donc nourrie, et entretenue pour me sentir toujours plus bon, toujours plus moral, toujours plus en contrôle.  Je l’ai fait, tu l’as fait, et plein d’autres l’ont fait ou le font. Certains quittent le veganisme mais l’identité de vrai croyant demeure intacte; ils ne font que la transférer ailleurs.  Identité paléo, identité fruitarienne, identité yogi, identité chrétienne, etc. On peut être un vrai croyant de multiples façons; on protège nos bobos, on flatte notre égo, on entretient notre arrogance avec beaucoup de créativité parfois. 
Mais si on est chanceux, on trouve quelqu'un pour nous aider à regarder notre identité vegane, quelqu’un qui nous permet de faire du sens de tout ça pour que ça ne soit pas un énorme obstacle dans notre Recovery. J'ai eu la chance d'avoir quelqu'un comme ça, et tu as de la chance aussi ".

Johnny a tapoté ma main en me lançant un clin d'œil et puis a pris une gorgée de son café froid avant de poursuivre.  "Tara, la raison pourquoi la grande majorité des thérapeutes n’acceptent aucune restriction durant la Recovery, la raison pour laquelle le veganisme n’est généralement pas permis, c’est parce qu’on ne peut pas travailler pleinement sur la Recovery, et donc vraiment s'engager et faire face aux problèmes sous-jacents si le veganisme ou l’identité vegane est dans le chemin. En plus, il faut challenger  l’idée que faire des restrictions est une chose normale. Plus tu restreins, plus le trouble alimentaire est heureux.  Ça flatte son égo! Ça renforcit  ses racines et il reste bien en place.  Donc, tu dois t’occuper de cette identité, c'est-à-dire faire ce que tu peux pour la démonter, pour vraiment aller au fond des choses et remonter la pente sur de bonnes bases.  Cela signifie que tu dois arrêter de faire taire tes doutes et les accueillir.  Il faut aussi que tu t’encourages à penser critiquement au sujet du veganisme et que tu t’encourages à réexaminer ce que tu crois.  C’est permis.  Cela a toujours été permis.  Quand je suis arrivé à voir pourquoi cette identité était si importante pour moi, j’ai pu mieux comprendre, et de là, me pardonner.
           C'est pourquoi lorsque tu m’as écrit pour me parler de l'expérience que je t’avais suggérée de faire, j’ai été agréablement surpris de ton observation.  Elle était vraiment puissante. Parce qu'il est parfaitement juste de dire que personne n’a fait de toi une vraie croyante, personne ne t’as forcée à appliquer le veganisme comme une religion. Tu as fait ça. Comme tu l’as si bien dit:
"Je suis le gourou vegan de ma secte vegane."
Et ta deuxième observation était tout aussi puissante:
«J'ai peur comme l'enfer de quitter ma secte."
Tout est là.
            Si le veganisme avait simplement été une «bonne philosophie» à tes yeux, tu ne ressentirais pas de peur ou d’anxiété ou de culpabilité à l’idée d’apporter des changements. Premièrement, tu aurais simplement et facilement appliqué ce que tu trouvais juste et possible pour ta vie, tes moyens et tes circonstances.  Deuxièmement, tu te donnerais plein droit de faire ce que tu as à faire pour récupérer, sans condition. Tu verrais ta valeur intrinsèque.  Mais la valeur que tu t’attribues vient du fait que tu ES vegane.  Alors, tu as peur de qui tu ES sans cette identité.
C'est pourquoi je veux t’aider à démonter tout ça, si tu veux mon aide. »
« Je veux ton aide. »  J'étais envahie par la peur mais je comprenais la chance que j’avais d’avoir quelqu’un prêt à m’aider.
« Il ne s’agit pas de chier sur le veganisme, on s’entend », reprit-il de plus belle.  « Mais il faut enlever nos œillères et regarder notre besoin de tout accepter en bloc, sans mesure, sans recherche, sans réflexion honnête.  Les dogmes ne sont jamais une bonne chose et le veganisme en contient des tas.  Il y a des choses à revoir.  C’est sain de les revoir.  Après tout ça, quand tu seras complètement Recovered, ce sera à toi de voir où tu te situeras.  Qui sait, peut-être trouveras-tu que des choix veganish* sont mieux pour toi, ou peut-être trouveras-tu une autre façon de t’impliquer.  Comme plus rien ne sera réduit à noir ou blanc, tu découvriras tes propres avenues.  Ce n’est pas un chemin facile, mais quelle belle aventure! »
« Je suis prête… enfin, je pense… »
"Eh bien alors, on pourrait commencer jeudi? »  Johnny rayonnait.  « Ici, au même endroit, à la même heure. Et bien sûr, c’est moi qui paye. Parce que vois-tu, je ne fais que « payer au suivant ». 
Il m’a souri de son sourire chaleureux mais avant de porter enfin attention à son café, il a ajouté:
"Et voici quelque chose à réfléchir en attendant.  On appellera ça Le démantèlement de l'identité vegane, Leçon 1: Est-ce vraiment immoral de manger des animaux? »

Il a éclaté de rire en voyant mon air. Ça serait intéressant, je ne pouvais déjà pas le nier.


Extrait de / Excerpt from Feeding Tara
Copyright © Kidley & Elliot, 2013  -  Traduction/Translation copyright © 2014


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 *
The True Believer (Le vrai croyant) par Eric Hoffer: «Il est possible que le syndrome du vrai croyant vienne du fait que, chez certains, la croyance satisfasse un besoin émotionnel beaucoup plus fort que celui de la vérité.  
Le fanatique est perpétuellement plongé dans un sentiment d'incomplétude et d'insécurité. Il ne peut puiser dans ses ressources personnelles pour se doter d'une forme d'assurance de soi - il s'est, dans les faits, invalidé lui-même - mais ne la trouve qu'en s'accrochant passionnément à la croyance qui lui sert de soutien. Cette adhésion passionnée constitue l'essence de ce dévouement aveugle et de cette religiosité qu'on constate chez lui. Il y voit d'ailleurs la source de toute vertu et de toute force... Il se considère facilement comme le pilier et le rempart de la cause sacrée à laquelle il adhère. Et il est prêt à sacrifier sa vie pour elle.

Veganish : personne qui s’alimente en grande partie de végétaux mais qui encourage délibérément une certaine flexibilité selon les circonstances dans lesquelles elle se trouve.  En général, elle pense qu’il est plus important de faire preuve de flexibilité  que de donner l’exemple de rigidité en toutes circonstances.  Exemple :  «Tout gâteau de fête est vegan»  (si une personne veganish est invitée à un anniversaire, elle pourra choisir de manger un morceau ce gâteau même s’il contient des produits animaux parce qu’elle trouve, par exemple, plus intelligent de participer à la fête et ainsi célébrer sa relation personnelle avec la personne fêtée, que de refuser le gâteau et ainsi donner un exemple d’exclusion, de fermeture à tous les invités, et par le fait même, peindre le veganisme comme compliqué et anti-social.)  Une personne veganish est aussi généralement plus consciente que la pureté et le perfectionnisme vegan est inatteignable et donc, consciente qu’elle utilise déjà de nombreux articles qui contiennent des produits d’origine animale (pneus, plastiques, ordinateurs et autres composantes électroniques, encre, colles, rubans adhésifs,  etc), pourra alors prendre la décision de ce qui est possible et intelligent pour elle de faire dans une situation donnée en tenant compte des différents enjeux, au lieu d’automatiquement faire des choix relevant de l’obéissance aveugle en des dogmes ou des règles extérieures.