༺ Polices de l'Identité : La Police Vegane ༻


Au fil des ans, j'ai été de nombreuses fois témoin de discussion au sujet de ce qui constitue un Vrai Vegan et à l'inverse, un Faux Vegan.  Non seulement témoin mais j'ai de nombreuses fois participé à ce type de discussion. Ce n'est que récemment qu'on m'a expliqué que ce genre d'argument est basé sur un sophisme, une argumentation à la logique fallacieuse. 
On utilise un sophisme  "avec l'intention de tromper son auditoire pour pouvoir prendre l'avantage dans une discussion." (Wikipedia)
Quand, en bonne Police Vegane, on cherche à dicter ce qu'est un Vrai Vegan, on utilise un sophisme en particulier:  L'argument fallacieux Aucun Bon Ecossais.
Un petit exemple pourrait se dérouler comme suit:

Argument: 
"Aucun Ecossais ne met du sucre dans son café."
Réponse: 
"Ma mère est écossaise et met toujours du sucre dans son café."
Réfutation:  "Oui mais aucun bon/vrai écossais ne met du sucre dans son café."

Il est impossible de prouver la fausseté ou la véracité de l'argument.  Un écossais est ce qu'on prétend qu'il est.  S'il n'est pas ça, il n'est pas un écosssais.

L’argument Vrai Vegan vs Faux Vegan n'est pas un argument utilisé au hazard et peu fréquemment.  C'est un argument de base dans la communauté vegane et il est utilisé par plusieurs "philosophes" vegans.
La Police Vegane ayant décidé qu'un Vrai Vegan ne fait jamais d'exception, alors un vegan en venant à faire une exception n'est pas un vrai/un bon vegan.
La Police Vegane ayant décidé qu'un Vrai Vegan préfère mourrir que de prendre des médicaments (parce que testés sur les animaux), alors 'un vegan prenant son médicament parce qu'il tient à sa vie ou à sa santé n'est pas un vrai vegan.
La Police Vegane ayant décidé qu'un Vrai Vegan 
demeure vegan jusqu'à sa mortalors un vegan mettant fin à son veganisme, ou en révisant les termes, a toujours été un Faux Vegan.

(Il serait facile de continuer à donner des exemples jusqu'à la semaine prochaine.)

On retrouve la Police de l'Identité partout: 
"Un vrai homme ne pleure pas."
"Un vrai adulte ne vit pas avec ses parents."
"Une vraie féministe déteste les hommes. "
"Un vrai amateur de chocolat ne mange que du chocolat noir."
"Un vrai appréciateur de musique n'écoute que du classique." 
"Un vraie petite fille porte ses cheveux longs." 
"Une fille bien ne couche pas avant le mariage." 
Etc, etc, etc.

Toutes les différentes Polices de l'Identité ont la pureté très à coeur. 
De ce fait, le but premier de la Police Vegane est le Contrôle de l'Identité et la pureté est la matraque utilisée par les Vrais de Vrais.  J'ai compris ceci dans mes trippes vers la fin 2012 quand un vegan de ma connaissance m'a dit:  "Je passe beaucoup de temps sur Facebook à essayer de convaincre des vegans d'être encore plus vegans."  Il est difficile pour moi d’exprimer à quel point cette déclaration m’a reversée, pour plusieurs raisons il va sans dire.

Le veganisme idéologique et devenu identité fait en sorte qu'il est vraiment difficile de se remettre en question une fois qu'on a commencé à y croire. Il est difficile de se donner la permission d'admettre avoir des doutes, et d’admettre, quand on arrive à s’en rendre compte, que nos arguments étaient complètement fallacieux. Il est impossible d'avoir ce genre de conversations avec d'autres Vrais Vegans, d'admettre nos doutes, car douter du véganisme met en doute notre identité! 
Si nous sommes notre propre Police, encore plus difficile! 
Si nous sommes la Police d'autres personnes, que penseront-ils de nos doutes, ayant déjà entendu tous ces arguments passionnés sortir de notre propre bouche?
Et si une grande partie de notre réseau social, de nos communautés favorites contrôlent aussi l'identité de cette façon, c'est encore plus difficile .

Mais pour cheminer, pour continuer notre évolution, grandir, avoir plus de compassion, d'empathie, pour pouvoir pratiquer l'auto-réflexion, corriger ce qui cloche, il faut sortir de ce cercle vicieux.  Il faut échapper à la facilité des arguments fallacieux, au système dogmatique, au système fermé, à l'idéologie sectaire.  Et c'est possible avec de la volonté, du temps, de la vigilance, et en développant notre pensée critique. Mais cela sera peut être long et ardu.  
Malgré qu'elle peut sembler soudaine pour les autres, la transformation d'un vegan à Faux Vegan/ex-vegan donne un changement d'identité difficile à passer sous le tapis certes, mais on oublie souvent que nos cerveaux sont toujours en mouvement et que cette transformation peut se préparer lentement.
Au cours de notre vie, on oublie des informations, on apprend de nouvelles informations, nos pensées s'adaptent à de nouvelles circonstances ou prennent soudainement de nouvelles formes, on dirait par hazard.
Tous ces changements, parfois subtils, s'accumulent au fil du temps et peuvent ainsi amener une nouvelle identité, ou nous amener simplement vers le démantelement d'une identité-béquille, nous ramener à notre Je Suis Moi.

Nous n'avons pas besoin d'une remise à zéro, neurologiquement parlant, pour passer de Pur/Vrai Vegan à Faux Vegan, ex-vegan ou à «veganish».  Tout ce dont on a besoin est de réviser, repenser, ré-ajuster les informations reçues il y a cinq, dix, 20 ans, et tenir compte des nouvelles expériences et nouvelles informations rencontrées et refaire des nouveaux liens, en remplaçant peut-être certaines pensées qui ont cimenté notre véganisme.
Mais peut-être qu'un Vrai Vegan prend des mesures pour veiller à ce que cela ne se produise jamais? 
C'est tentant de penser que c'est exactement ce qui est attendu du Vrai Vegan:  arrêtons les machines, bloquons les portes, fixons les oeillères. Faut en rester là, toujours.

On pourrait dire que pour un Vrai Vegan, un Faux Vegan est quelqu'un qui dévore le veganisme au lieu de se laisser dévorer par le veganisme.  Un Faux Vegan est alors quelqu'un qui refuse d'arrêter de penser, qui veut tenir compte des nouvelles informations, qui toujours, cherche une façon juste de trier les croyances des faits. 
Comme disait Carl Sagan, si une croyance peut-être détruit par la vérité, elle mérite d'être détruit par la vérité.
Un Vrai Vegan est-il tellement dédié à ses croyances qu'il est prêt à les maquiller en faits et à prendre les moyens d'arrêter l'introspection en lui?
Cela signifierait-il que ses croyances ont une telle emprise sur son cerveau qu'il lui serait impossible de les abandonner sans déchirer l'essence de son être?
Qu'il s'est attaché au mât et si son bateau venait à couler, il serait impossible pour lui, neurologiquement parlant, de changer d'avis sur son veganisme?
Est-ce que son dévouement fait en sorte que mettre fin à son veganisme voudrait dire mettre fin à lui-même?

Mais la question demeure:  Si un Vrai Vegan demeure Vegan jusqu'à sa mort, pourquoi se permet-on de qualifier quelqu'un de Vrai Vegan avant sa mort? 
De se qualifier de Vrai Vegan, avant notre mort?

En toute logique, la constance et la pureté du dévouement vegan ne pourront véritablement être prouvées que lors du décès.

Peut-être y a t-il deux significations à l'expression "Un Vrai Vegan est un Vegan mort"...


___________________________________________________
Milles merci à R.S. et C.L. 

_____________________________________________



"Le raisonnement fallacieux est une réponse du système de défense de l'égo cognitif face à l'anxiété provoquée par des idées qui menacent le Soi avec une attente anxieuse de la perte imminente de quelque intérêt vital. 
Généralement, c'est la frustration d'une sorte de besoin humain; quelque chose auquel on attribue une grande valeur - comme un idéal de l'égo - résultant d'une auto-identification préalable, ou la perte narcissique imminente de l'estime de soi. "

| Understanding Ideology | by Warren Frederick Morris |